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Ateliers CASUS (2019)

Le projet CASUS "Risques et hasard" été conçu dans le cadre de l’axe 3. "Hasard et Savoirs" du projet ALEA 2017-2018. Il a permis l’organisation de deux ateliers (25 mars 2019 et 11 octobre 2019) développant le projet ALEA vers la notion de "risque", l’un des objets centraux des domaines de recherche privilégiés par l’ULCO, l’Artois et l’UPJV.

Projet "CASUS" - Lauréat de l’appel à projets BUU2A (Ulco, Amiens, Artois)

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Projet "CASUS" - Lauréat de l’appel à projets BUU2A (Ulco, Amiens, Artois)

25 mars 2019 – 11 octobre 2019

 

 Resp. Anne Duprat (CERCLL-UPJV/IUF), Anne-Gaëlle Weber (Textes et cultures-U. Artois)

 

avec Frédéric Paccaut et Elise Janvresse (LAMFA-UPJV), Hugues Hellio (CDEP-U. Artois), Pierre Schneider et Johann-Günther Egginger (CREHS-U. Artois), Etienne Matheron (LML U-Artois), Christophe Luczak (LOG-ULCO), François Delmotte (LGI2A-U. Artois), Sébastien Wit (CERCLL-UPJV), Demian Battaglia (INS/UMR1106-Aix-Marseille), Belkacem Meziane (UCCS).

 

Le "hasard" et le "risque" n’existent-ils qu’en tant qu’ils sont perçus ?

En 1814, l’astronome et mathématicien Pierre Simon de Laplace donne du "hasard", ou plutôt, de l’impossibilité du hasard, une définition qui semble encore constituer le principe aujourd’hui d’un grand nombre de disciplines savantes. La tradition a retenu cette déclaration sous le nom de "démon de Laplace" :

Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvemens des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé, serait présent à ses yeux1.

Cette expression du plus grand déterminisme, selon lequel tout effet a une cause, est quasiment un dogme que la théorie du chaos et ses développements notamment en météorologie n’ont pu remettre en cause. En d’autres termes, elle participe de l’idée que l’un des critères de scientificité les plus couramment admis, encore aujourd’hui, est la prédictibilité ; une science, si elle est science, prévoit.

Ainsi les disciplines savantes (astronomie, chimie, géologie, physique, mathématique, biologie, informatique, médecine, océanographie) se sont constituées notamment à partir de l’idée selon laquelle le hasard, les « aléas », les contingences n’existaient pas ou, du moins, devaient être résorbés ; ils ne sont qu’une première étape vers la découverte de nouvelles lois.

Le "hasard" n’existerait qu’à titre de représentation, ne serait qu’une question de perception ; quant aux risques, ils relèveraient de constantes liées au "réel" mais extérieures à la théorie. La fameuse "sérendipité", érigée en méthode de découverte par les travaux des sociologues des sciences, n’échappe pas à la règle : elle aussi qualifie des découvertes dues au hasard, mais que le savant ne peut se passer d’expliquer.

Les sciences dites dures ne sont pas les seules concernées. Les arts et les lettres se sont aussi constitués, dans leurs pratiques et dans leurs études, en excluant a priori toute contingence : l’historien a eu longtemps à reconstituer la trame des événements qu’il identifie comme tels. De même les œuvres littéraires ont-elles longtemps dû obéir aux préceptes, plus ou moins hérités d’Aristote, de l’unité de composition et de vraisemblance, et les artistes se doivent-ils de maîtriser la composition de leurs œuvres et les effets qu’elles produisent. Si les discours et anecdotes sur l’art ont toujours valorisé la part jouée par le hasard dans l’accomplissement d’une œuvre exceptionnelle, les théories de la création en revanche reviennent significativement sur cette concession, en tant qu’elles visent à exclure la chance des méthodes de composition de l’œuvre. Même les films "catastrophes" sont devenus un genre dont la logique est aisément reconnaissable. Or, un certain nombre de "catastrophes" naturelles ou environnementales ont depuis peu mis à mal le principe de la prédictibilité des sciences et entraîné, de la part du grand public au moins, une méfiance évidente. Ces "catastrophes" ont notamment entraîné des études et des recherches extrêmement poussées sur la "complexité" combinatoire ou sur l’estimation et la modélisation du risque (qui, en elles-mêmes, constituent quasiment un oxymore).

Il y a donc urgence à repenser la manière dont nos disciplines pensent le lien entre hasard, prédiction et anticipation. Comment le hasard et les contingences sont-ils pris en compte dans nos pratiques respectives ? Comment nomme-t-on le hasard, dans nos différents champs de recherches ? Hasards, contingences, aléas sont-ils confondus ou séparés? Leur rapport du hasard au risque est-il systématiquement conditionné par le calcul? Comment chaque champ de savoir modélise-t-il et représente-t-il le hasard et le risque ?

 

Le projet CASUS "Risques et hasard" été conçu dans le cadre de l’axe 3. "Hasard et Savoirs" du projet ALEA 2017-2018. Il a permis l’organisation de deux ateliers (25 mars 2019 et 11 octobre 2019) développant le projet ALEA vers la notion de "risque", l’un des objets centraux des domaines de recherche privilégiés par l’ULCO, l’Artois et l’UPJV. Ces ateliers, organisés autour des définitions et représentations du risque ont été l’occasion de faire dialoguer l’équipe du projet ALEA et des chercheurs des laboratoires de l’ULCO, Artois et UPJV, en travaillant le panorama contemporain le plus large possible des manières de dire, de comprendre et de modéliser le hasard en sciences.

 


 1 Pierre Simon Laplace, Essai philosophique sur les probabilités, Paris, Vve Courcier, 1814, p. 3.